mardi 30 décembre 2014

Jacques Ellul - "Le système technicien"

Extraits d'une très bonne analyse de la "Technique" selon Jacques Ellul, définition, caractéristiques, relation avec l'homme et conséquences sur lui, autoacroissement... Je vous conseille la lecture du texte complet dont le lien est donné en bas de page.

Ellul explique ce qu’il entend par « technique ». (...) Ce terme fut longtemps circonscrit au seul critère d’efficacité, désignant comme « technique » toute application de moyens nouveaux et étendant ce terme à tous les domaines possibles. Pour l’auteur, il fallut attendre l’avènement de l’ordinateur pour que la technique cesse d’être une addition de techniques et qu’au travers « de la combinaison et de l’universalisation » de l’ensemble des procédés techniques, elle trouve une sorte d’autonomie et de spécificité, se présentant alors comme milieu et comme système. (...)

Autrefois, la technique était un enjeu mais, depuis l’avènement de l’informatique, elle a changé de nature pour former à l’intérieur de la société un véritable « système technicien ». (...) La technique est devenue milieu. La technique généralisée forme alors un « écran continu », un « univers de moyens » à la fois exclusif et total. Même « les relations humaines ne peuvent plus être laissées au hasard, elles ne sont plus l’objet de l’expérience, de la tradition, de codes culturels, de symboliques : tout doit à la fois être mis au jour […], élucidé, puis transformé en schémas techniques applicables […] de façon à ce que chacun apporte sa construction d’une part, et d’autre part joue exactement le rôle que l’on attend de lui » (...)

Cette médiation technique est perçue comme étant « stérile et stérilisante », contrairement aux systèmes de médiations antérieurs. Autrefois ils étaient « plurivoques, équivoques et instables » mais profondément enracinés dans un incons­cient riche et créateur alors que la technique, elle, bien qu’elle soit univoque et stable, paraît pour l’auteur superficielle, sans souvenir et sans projet. (...)

La relation entre la technique et l’homme est elle-même non médiatisée. Dans ce milieu ambiant, la relation à la technique est toujours immédiate et sans distance, car « le système envahit la totalité du vécu et la pratique sociale entière », le système technique médiateur devenant ainsi le « médiateur universel » (...) La technique est devenue de fait le milieu de l’homme, il ne vit plus en contact avec la réalité de la nature, mais au milieu d’un environnement façonné par la technique et constitué d’objets techniques. (...)

Il est admis, d’après Ellul, que la technique modifie de façon radicale les rapports humains, les schémas idéologiques ou les qualités de l’homme. Ces changements, Ellul les considère comme imposés à l’homme par son existence contrainte dans le milieu technicien. (...)

Ellul reprend Baudrillard qui a montré à quel point la culture de masse issue de la technique est « l’inverse absolu de la culture conçue, premièrement, comme un patrimoine héréditaire d’œuvres, de pensées et de traditions et, secondement, comme une dimension continue d’une réflexion théorique et critique sociale. (...) Du fait même de la technique, l’ensemble culturel subit une profonde mutation, bien plus qu’une simple modification.

Le premier aspect du système technicien est sans doute sa spécificité par rapport à d’autres systèmes. La technique ou les techniques ne sont comparables à rien d’autre et ont des spécificités communes aussi diverses qu’elles soient. Toutes les « parties » de la technique sont également en corrélation, ce qui implique qu’on ne peut modifier une technique sans qu’il n’y ait de répercussions sur d’autres techniques, méthodes ou objets. Par ailleurs, les combinaisons entre les techniques produisent des effets techniques et également d’autres méthodes et d’autres objets. Comme tout système, celui technicien a une forte propension à l’autorégulation au niveau de son développement et de son fonction­nement, ce qui accentue pour l’auteur son caractère « autonome » par rapport à l’humain. (...) L’auteur voit cependant cette facilité d’acclimatation comme une nécessité du système dans la mesure où il le perçoit déjà comme dominant. (...)

Ce qui inquiète Ellul, c’est que le système technicien n’obéit qu’à une loi : celle de l’évolution indéfinie de la technique. Bien qu’il ne soit pas doté d’objectifs ou de fins particulières, c’est son mode d’être. Pour l’auteur, le système ne peut pas se stabiliser puisqu’il comporte en lui-même son propre principe d’expansion. Ainsi toute contestation ou remise en question du système, n’est jamais qu’une opportunité pour celui-ci de développer d’autres techniques, d’autres procédures, des nouveaux moyens intégrant chaque fois un degré supérieur d’information et renforçant, en fin de compte, le système. (...)

Un certain nombre de problèmes provoqués par la technique, comme ─ entres autres ─ la crise de l’emploi, la pollution, la croissance démographique, pourront être résolus par le système lui-même. Mais il voit ensuite d’autres problèmes qui selon lui n’ont aucune possibilité de solution technique. C’est le cas du « caractère totalitaire » du système, de la complexification indéfinie, de la reconstitution de l’environnement humain qui a été détruit, de la recherche de qualité de vie, de la dénaturalisation de l’homme, etc. L’auteur considère ces problèmes insolubles car il faudrait pouvoir remonter à la source du système technicien pour modifier la totalité de la démarche et de l’organisation technicienne, or cela est impossible. (...)

[La] technique autonome, cela veut dire qu’elle ne dépend finalement que d’elle-même, elle trace son propre chemin, elle est un facteur premier et non second, elle doit être considérée comme un « organisme » qui tend à se clore, à s’autodéterminer : elle est un but par elle-même. L’autonomie est la condition même du développement technique. (...)

La technique ne progresse pas en fonction d’un idéal moral ou au nom de certaines valeurs ou d’un bien à atteindre. La technique progresse pour elle-même. Ensuite, la technique ne semble accepter aucun jugement moral à son propos. (...) Cela montre à quel point le monde technique est devenu autonome. (...)

L’homme, plongé dans la sphère du technique, n’est plus autonome par rapport aux objets que lui apporte ce système qui se présentent comme un « déjà là » auquel il ne peut que se conformer. L’homme de cette société n’a plus « aucun point de référence intellectuel, moral, spirituel à partir de quoi il pourrait juger et critiquer la technique » (...)

Ellul ne rejette pas la technique en soit, cette dernière n’étant ni bonne ni mauvaise (ni neutre) pour lui, mais problématiquement ambivalente. L’effet pervers viendrait surtout de son autoaccroissement suivant sa propre logique, qui semble n’avoir pas de fin, tout en échappant à tout contrôle démocratique. (...) « Ce système, qui s’auto-engendre, est aveugle. Il ne sait pas où il va. Il n’a aucun dessein. Il ne cesse de croître, d’artificialiser l’environnement et l’Homme, de nous emmener vers un monde de plus en plus imprévisible, et aliénant. »

Source : http://effingo.be/philo/le-systeme-technicien-─-jacques-ellul/
Alexis Jurdant, 2009. Licence Creative Commons-BY-SA.

vendredi 26 décembre 2014

Guillaume de Machaut (1300-1377)

Pour les amateurs de musique médiévale, une petite sélection d'interprétations variées de Guillaume de Machaut. Les siècles passent, et ces petits bijoux restent.

1, 6, 8 : Ensemble Gilles Binchois - Dominique Vellard, "Le jugement du roi de Navarre"
2 : Falsobordone, "Fikon, Fiddlor och Finlir"
3 : Anwnn, "Orbis alia"
4 : Sarband, "Danse gothique"
5 : Oxford Camerata, Jeremy Summerly, "La Messe De Nostre Dame / Songs from Le Voir Dit"
7 : Faun, "Lichtbilder"


mercredi 24 décembre 2014

Yan' Dargent (1824-1899)

Yan' Dargent (de son vrai nom Jean-Edouard Dargent) est un peintre breton. Inspecteur des travaux dans une compagnie de chemins de fer, il démissionne en 1850 pour se consacrer à l'illustration et la peinture.

Il gagne sa vie par l'illustration pour des revues et des livres ainsi que pour les fresques qu'il réalise pour des édifices religieux (cathédrale Saint-Corentin de Quimper, église de Saint-Servais...). Ses peintures plus personnelles eurent moins de succès. Attaché à sa région natale, il n'eut jamais de grande notoriété parisienne.

Il est enterré à Saint-Servais depuis 1899, sa tête ayant été spécialement séparée en 1907 du reste de son corps, pour reposer dans un ossuaire à côté de la tête de sa mère (pratique qui existait à l'époque en Bretagne !)

Les informations ne sont pas légion sur Internet ainsi que ses oeuvres, voici quelques-unes de ses réalisations.


Les vapeurs de la nuit, 1896
Les lavandières de la nuit, 1861
"La divine comédie", 1879
"Edgar Poe et ses oeuvres", 1862
"La divine comédie", 1879.
Chasse nocturne aux bécasses
en Bretagne, 1868

samedi 6 décembre 2014

Céu - Vagarosa

Céu - Vagarosa
Six Degrees / Urban Jungle, 2009

Sobre o amor e seu trabalho silencio
Cangote
Comadi
Bubuia
Nascente
Grains de beauté
Vira lata
Papa
Ponteiro
Cordão da insônia
Rosa menina Rosa
Sonâmbulo
Espaçonave

C'est le deuxième album de la chanteuse brésilienne Céu, sorti en 2009. Celui-ci est dans la lignée de son premier album ("Céu", 2005). Après une courte intro guitare/chant, on rentre dans le vif du sujet. Les 42 minutes de ce disque mêlent musiques brésilienne et influences électroniques. Oui, on pense immédiatement à Bebel Gilberto quand on lit çà. Mais Céu se libère à la fois d'une redite de son aînée et d'un potentiel écueil "bobo"/lounge en ne noyant pas sa musique dans un ensemble trop vaporeux et en laissant les instruments s'exprimer pleinement dans ce cadre pourtant tranquille et laisse l'oreille à l'affût. L'album navigue ainsi entre dub ("Cangote", avec quelques scratches et un orgue d'un bel effet), orchestrations vintage ("Vira lata"), trip-hop (le langoureux "Grains de beauté"), ambiance un peu plus jazzy ("Nascente" avec une bonne ligne de basse, mellotron, solos de trompette), hommage aux anciens ("Rosa menina Rosa", reprise de Jorge Ben, moins rythmée que l'original mais retravaillée dans un sens plus planant et avec une batterie assez en avant)... Cette variété n'empêche pas la cohérence grâce à un mixage soigné et une approche "par petites touches" qui permet de faire co-exister cuivres, samples et instruments divers, le tout dans une ambiance relax mais pas évanescente. La lente ballade "Ponteiro" en est une bonne illustration : on ne remarque que le chant et l'orgue Hammond, et puis on distingue plein de sons en arrière-plan (samples, quelques notes de melodica et de guitare, batterie très discrète) qui enrichissent le morceau sans le perturber.

Bref, Céu n'offre ni un album pour danser, ni de la bossa mélancolique, et ce n'était pas le but. Juste à la bonne longueur, loin d'être un album soporifique si tant est qu'on y reste attentif ou d'être la bande son qu'on n'écoute pas d'un café lounge, "Vagarosa" comporte juste ce qu'il faut de variété dans son approche musicale tout en ne perdant pas son fil conducteur et pas mal de petites subtilités au niveau des arrangements, et qu'on découvre encore après plusieurs écoutes (à écouter certes au calme chez soi pour les apprécier au mieux). Aucune grande pompe, pas de racolage électro-boum boum, juste un très bon disque dans son genre, travaillé et bien ficelé.

Titres préférés : "Bubuia", "Comadi", "Grains de beauté", "Nascente", "Rosa menina Rosa".
Quelques extraits ici :